MON HISTOIRE

Tu peux lire. Ou m'écouter la raconter 🎧

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Je m'étais fait une promesse : tous les sports, sauf la boxe thaï.

À l'époque, dans ma salle de muscu, j'avais tout testé. Le MMA, le JJB, la boxe anglaise. Mais pas la boxe thaï. Pour moi, la boxe thaï sonnait avec violence. Tu sais, comme dans le film Kickboxer : je voyais du verre pilé dans les kard chuek, ces bandes en tissu autour des mains.

C'était une période où j'avais un mode de vie très toxique. Grosse fêtarde. Je fumais quinze roulées par jour, et pas que du tabac, si tu vois ce que je veux dire. Et je buvais. Ça faisait trois mois que je remettais un pied dans le sport.

J'ai quand même essayé quelques cours de boxe thaï. Juste pour voir.

Puis l'été est arrivé, les cours collectifs se sont arrêtés. Un jour, un homme est venu me voir pendant ma séance :« Hey, toi, tu fais de la boxe thaï. Tout l'été, j'organise un circuit training avec sparring, avec les compétiteurs. Tu peux venir. »

Je lui ai répondu que je n'étais pas compétitrice. Dans ma tête, c'était plus simple : je suis débutante, laissez moi tranquille.

J'y suis allée quand même. La curiosité a gagné.

Et là, je vois une bande de mecs déter ! Des compétiteurs. Et moi, la seule nana, haute comme trois pommes. L'ambiance était à la fois intrigante, prenante et flippante : ils soufflaient comme des bœufs à chaque frappe. C'était dingue ! J'avais grave kiffé !

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J'ai plus de jambes, plus de cardio, à deux doigts de vomir. Je ne l'ai pas dit.

Et j'ai compris pourquoi ils faisaient autant de bruit. Quand tu frappes, ta tête ne pense qu'à une chose : bien exécuter le mouvement, bien respirer. Et pour la première fois depuis longtemps : le silence dans ma tête.

À la fin, il y a eu le sparring. Dans mon ancienne salle, je sortais de chaque cours couverte de bleus. Je pensais que c'était normal. Ce soir-là, j'ai découvert qu'on peut s'entraîner dur sans se faire de mal. Avec des gens bienveillants, qui te tirent vers le haut.

Pendant une semaine, j'ai marché comme un pingouin. Je suis revenue la semaine suivante. Et toutes les autres, tout l'été.

En septembre, je me suis donc inscrite dans leur club, à Malakoff. On m'avait prévenue que le quartier était « chaud ». Je viens du 9-2, pour moi c'était comme revenir aux sources.

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Ensuite, j'ai été bénévole pendant sept ans dans un club de muay thaï. Entraîneure, secrétaire, bras droit du président, coordinatrice quand il le fallait. J'ai entraîné des ados, des adultes, préparé les compétiteurs, je les ai suivis en compétition à travers la France. J'ai beaucoup donné. J'ai beaucoup reçu.

La vie ne m'a pas épargnée pour autant. Des ruptures. Plusieurs burn-out. Des moments dramatiques.

Étant une personne neuroatypique, je m'engage toujours à fond. J'ai donné énormément d'énergie à des entreprises, sans jamais recevoir la reconnaissance que j'attendais.

Quand tu perds un travail, des gens, des repères, il te reste trois choses : ton corps, ta tête, et tes valeurs à commencer par ta dignité. Et quand la tête lâche, c'est le corps qui prend la relève.

C'est exactement ce que la boxe thaï enseigne. Sur un ring, tu n'as plus le temps de réfléchir. Il ne reste que tes réflexes. Et ça ne se construit pas pendant le combat. Ça se construit avant, à l'entraînement.

La vie m'a mise KO plusieurs fois. Je me suis toujours relevée. Parce que mon corps savait déjà le faire.

Puis il m'a manqué quelque chose. Même moi, la grande solitaire, j'avais besoin d'autre chose que le collectif : comprendre les gens en dehors du ring. Je me suis mise à mon compte, en coaching privé.

Face à des gens qui ne savaient même pas ce qu'est la boxe thaï, il a fallu que je comprenne ce qu'elle m'avait apporté, à moi. C'est en regardant les autres que j'ai fini par me voir.

Pendant des années, je m'étais cachée derrière ma casquette d'entraîneure. Donner, aider, encadrer, animer sans jamais me regarder. J'avais oublié que j'étais quelqu'un.

Mes clients me l'ont rappelé. Ils ne revenaient pas seulement pour la technique. Ils revenaient pour ma manière d'être. Les techniques, aujourd'hui, tout le monde les trouve sur internet. Mais avec l'arrivée de l'IA, le savoir-être devient rare.

Longtemps, je me suis servie de mon corps parce que c'était ce que je maîtrisais le mieux. Le corps ne te demande pas d'accueillir ce que tu ressens. Il encaisse. Et moi, je savais très bien séparer les deux.

J'ai commencé à accepter mes émotions il y a trois ans seulement. Quand je me suis mise à mon compte.

Et j'ai compris que ça marche dans les deux sens. Quand ma tête est trop tendue, mon corps ne relâche rien.

Je le sens chez les autres, quand je tiens les paos. Quelqu'un de crispé ne lâche pas prise. Il bloque sa respiration. Et ça en dit souvent long sur sa façon de faire dans la vie : celui qui veut tout contrôler, son corps devient raide.

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Ce que je transmets aujourd'hui tient en peu de mots.

L'effort, personne ne peut te le prêter. Il vient de toi, ou il ne vient pas. En le fournissant, tu casses tes vieilles habitudes et tu en prends de nouvelles.

Tu es comme un arbre. Il y a des saisons. L'automne fait tomber tes feuilles, l'hiver te met à nu. Pour que de nouvelles pousses arrivent, il faut savoir couper les branches mortes.

C'est pareil pour ta tête. Une fois le bois mort coupé, elle se structure, elle s'apaise. Et il reste enfin de la place : pour savoir qui tu es. Pour créer. Pour faire des choses qui ressemblent à tes goûts, tes couleurs, tes valeurs.

Tu finis le round, lent ou pas. Et à la fin, une seule question compte : est-ce que tu t'es donné à fond ?

Quand tu as tout donné, tu ne regrettes rien. Ni ta défaite, ni ta victoire.

Je ne crée pas le déclic.

J'accompagne ceux qui l'ont déjà.

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Quand je le fais, c'est que j'ai quelque chose à dire.

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